Les fondements théoriques

Les textes classiques chinois associent le phénomène de la vie à trois trésors : le jīng, le shén et le qì.

  • Le jīng est le support de la vie et l’héritage transmis par les parents [prononcer « djinngue »]
  • Le shén est l’esprit venant s’incarner dans le corps [prononcer « cheunne »].
  • Le qì est l’énergie, le dynamisme vital mettant en mouvement toute chose [prononcer « tchi »].

Le qì constitue et anime toutes les manifestations de l’univers, notamment les être vivants. Il endosse plusieurs casquettes : qì originel, qì nourricier, qì défensif… pour n’en citer que trois. Ses fonctions sont la transformation, la mobilisation, le réchauffement, la nutrition, la protection, enfin la fixation et le maintien.

Les soins traditionnels chinois reposent sur une stimulation guidée du qì permettant d’harmoniser les besoins du corps, de travailler sur les fonctions défaillantes du qì.

Le diagnostic des déséquilibres du corps peut être établi suivant plusieurs théories qui sont souvent couplées.

La théorie du yīn yáng

Le yīn et le yáng sont deux principes universels, opposés et unis qui expliquent les mouvements de l’univers. Tout contient à la fois du yīn et du yáng (dans des proportions différentes). Le yīn est associé à ce qui est dense, lourd, féminin, précieux, froid ; le yáng à ce qui est en mouvement, léger, masculin, subtil, chaud. L’un ne peut pas exister sans l’autre sinon c’est la mort. Le yīn et le yáng sont sans cesse en mouvement l’un par rapport à l’autre.

Connu dans sa représentation en noir et blanc, ce symbole était à l’origine de couleur bleu nuit et rouge. Le noir est associé au yīn, le blanc au yáng.
Il représente l’interdépendance et le mouvement perpétuel du yīn et du yáng indissociables, opposés et unis.

La théorie du yīn et du yáng s’applique pour toute les manifestations de l’univers et en particulier pour le fonctionnement du corps humain (c’est-à-dire de ses organes, ses besoins et interactions avec l’environnement) qui s’explique par le jeu d’équilibre incessant entre le yīn et le yáng.

La théorie des cinq mouvements

Les cinq mouvements, ou wǔ xīng [prononcer « wou cinngue »], sont le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau. On retrouve souvent la notion de « cinq éléments » mais ce terme est restrictif car il donne l’impression que les choses sont figées alors que ces cinq mouvements sont sans cesse en interaction les uns avec les autres.

Chaque mouvement possède ses propres caractéristiques. Notamment, chacun contient une part de yīn et de yáng dans des proportions qui lui sont propres. De plus, les différents organes du corps leur sont associés suivant leurs rôles et fonctions.

La représentation schématique de la théorie des cinq mouvements permet de voir les interactions qu’ils ont les uns avec les autres :

  • en bleu : le cycle d’engendrement (le mouvement bois engendre le mouvement feu, le mouvement feu engendre le mouvement terre, etc.),
  • en mauve : le cycle de contrôle (le mouvement bois contrôle le mouvement terre qui lui-même contrôle le mouvement eau, etc.).

La théorie des cinq mouvements explique ainsi les interactions entre les différents organes du corps humain et comment un déséquilibre peut provenir de ou se répercuter sur un organe ou une zone du corps.

En effet, on peut ajouter très succinctement que :

  • le mouvement bois est associé au foie et à la vésicule biliaire,
  • le mouvement feu est associé au cœur et à l’intestin grêle,
  • le mouvement terre est associé à la rate et à l’estomac,
  • le mouvement métal est associé au poumon et au gros intestin [en médecine chinoise, on considère qu’il y a un organe poumon],
  • le mouvement eau est associé aux reins et à la vessie.

La théorie des canaux

Les canaux sont les axes de circulation du qì sur le corps humain. Ils sont bien souvent nommés méridiens mais le terme « canal » reflète mieux la notion de volume et de palpation possible.

Les canaux sont associés par systèmes (en lien avec les organes) et ont des fonctions propres pour l’ensemble du corps. De leur cartographie sur (et dans) le corps humain, repérant non seulement leurs trajets mais aussi leurs points thérapeutiques, découle une grande partie des soins traditionnels chinois.

Il existe douze systèmes de canaux comprenant chacun : un canal régulier, un canal divergent, un canal tendineux, un vaisseau liaison et un organe [le terme « vaisseau » est ici totalement indépendant du vaisseau sanguin de notre médecine occidentale]. Les douze organes associés aux canaux sont le poumon, la rate, le cœur, les reins, l’enveloppe du cœur (ou maître du cœur), le foie, l’intestin grêle, la vessie, le trois foyers (aussi appelé triple réchauffeur), la vésicule biliaire, le gros intestin, l’estomac. Il existe, de plus, huit vaisseaux extraordinaires et quatre vaisseaux liaison spéciaux [le terme « extraordinaire » est utilisé pour simplement distinguer ces vaisseaux des douze canaux réguliers]. Enfin, il faut surtout retenir que le corps est entièrement recouvert d’un réseau de canaux en surface (un peu comme la peau blanche de l’orange) et qui entrent aussi en interne dans le corps (passant notamment par les organes).

Le qì circule dans ces canaux suivant un ordre de circulation précis, revenant toutes les 28 minutes en un même endroit.

 

Après avoir posé son diagnostic, le praticien choisit une stratégie thérapeutique et donc des outils parmi ceux à sa disposition : tuī ná, acupuncture, pharmacopée chinoise